mardi 3 février 2015

Secrets d'Angoulême

[Reportage pas exclusif]
La totalité des dessins maison inclus dans cet article ont été capturés au téléphone portable et sont donc d'une qualité clairement exécrable, parce que ça fait dessinateur "de terrain"

Premier voyage, premier but.

Cette année je me rendais pour la première fois au Festival d'Angoulême qui fêtait sa 42ème édition. C'est en tant que visiteur que je foulais le sol mouillé de la ville pour la première fois, avec le recueil Rire & Rêver dans une main, un sac rempli d'espoir et de courage dans l'autre. Mon but était simple : démarcher des éditeurs à l'aide de ce premier aperçu papier de mon modeste travail. Pour tenir bon dans cette aventure, j'ai fait le voyage avec Lolopouet, collègue auteur zélé lui aussi vierge du Festival. C'est avec l’œil neuf de nouveaux visiteurs que nous avons découvert les facettes du FIBD15 (Festival International de la BD 2015).

bulles folie

Un émulation de tous les instants

Dès les premiers pas hors de la gare, le monde de la BD nous aspire goulûment : chaque mur, chaque publicité, chaque vitrine est un espace potentiel où nos héros d'enfance reprennent vie. Même si nous n'avons finalement parcouru que très peu de rues, les fresques y étaient déjà nombreuses. On se sent instantanément en terre de BD. Imprégnés par l'ambiance, nous sortons plusieurs fois nos crayons pour croquer des impressions du monde étrange qui nous entoure. 


fresque murFresque mur


Pluie et files d'attente

Très vite, la réalité nous fait signe, nous rappelle qu'il existe des nuages (par centaines) dans le ciel, des pluies qui peuvent s'avérer intenses et des milliers (oui, des milliers) d'autres visiteurs du Festival. Chaque entrée dans une tente peu durer longtemps car des fouilles sont instaurées dans le cadre du plan Vigie-Corsaire. Nous croisons beaucoup de jeunes par grappes de 6 qui viennent présenter leurs Books à des professionnels. Ils sont si nombreux que des espaces dédiés aux présentations de Book sont désormais mis en place. Malheureusement pour les autres visiteurs qui veulent accéder aux ateliers et stands exposants, ces joyeuses troupes multicolores en quête de gloire (comme nous) sont souvent présentes 45 minutes avant l'ouverture des espaces du Festival, promettant de longs moments sous la pluie pour tout le monde.


Festival queue

Heureusement, au fil des 4 jours qui composaient le Festival, la pluie s'est faite plus rare, même si la population quant à elle, n'a fait que grossir.

Ateliers et conférences, entre improvisation et divertissement

A l'occasion du Festival, de nombreux ateliers (gratuits et sans réservation) sont proposés sous le Pavillon Jeunes Talents : les thèmes sont variés et plusieurs d'entre eux nous attirent. On pouvait par exemple voir :
  • Création de héros
  • Création de méchant
  • Maîtriser le Storyboard (fait par Lolopouet)
  • Du strip au dessin animé (fait par Pueblo)
  • Atelier Sérigraphie (survolé en off par Pueblo avec la responsable)
  • Atelier Manga avec un Mangaka (blindé d'enfants fous)
  • Atelier Rough (mon grand regret)
  • Atelier scénario
Certains ateliers sont pris d'assaut alors que d'autres sont plus accessibles, en fonction de l'heure du goûter des plus jeunes. Une très bonne initiative de l'orga qui nous permet là de repartir du Festival avec quelques graines de plus dans la caboche. Cependant, tout n'est pas rose : à l'instar de beaucoup d'enseignants-chercheurs, les artistes de génie ne sont pas forcément bons pédagogues.

festival reportage
Matériel de l'atelier Sérigraphie
Les conférences, très nombreuses elles aussi peuvent être très attractives, mais souffrent parfois d'un manque de débat de fond. Je m'explique.
Réunir 3 voire 4 auteurs intéressants donnera envie à beaucoup de lecteurs, mais exposer leurs meilleures planches et les raisons de leur succès durant une heure et demie relève plus de la communication, de l'hommage que du débat et pourra faire fuir même les plus fervents des admirateurs. Ces auditeurs n'en ont d'ailleurs pas besoin, de cette pub, puisqu'ils sont déjà là, convaincus du génie des auteurs présents.
Pour ne citer que celle là, je me suis rendu à la Conférence "L'infini et la figuration narrative", dont le titre ferait rêver n'importe quel dessinateur normalement constitué. Malgré la présence du remarquable Marc-Antoine Mathieu, dont je vous recommande les albums (chacun d'entre eux étant une expérience graphique déstabilisante), la Conférence n'a pu nous amener que quelques minutes sur les symboles graphiques, sur les rythmes de mises en scène, sur la signification et l'utilisation de l'horizon. Un manque d'organisation du débat et de son cheminement que j'ai pu déplorer dans d'autres ateliers ou rencontres thématiques, les organisateurs n'ayant quelques fois rien prévu à l'avance...
Sens mise en scène
Marc-Antoine Mathieu / planche extraite de "Sens"
conférence

Il y a aussi ces petites conférences "bijou" dont le contenu ne fait pas rêver, que sont diablement bien préparées et dont on ressort plus fort pour avancer vers l'édition. Je pense en particulier à Wandrille qui nous a pondu une conférence "Avant d'éditer ce serait bien de faire des pages imprimables..." dont tous les détails techniques sont autant de cadeaux pour être efficaces.

Auteurs et bassesses

Revenons à ces être mythologiques qui rendent les Festivals possibles : les auteurs. Aller à leur rencontre est une expérience déstabilisante et croustillante qui justifie à elle seule l'intérêt de se rendre à un festival. 
talent impressionnant

Le génie de l'aquarelle trop peu connu déniché sur un petit stand (Christophe Girard - Pays Kaki 92/08) et la star pro de la création numérique dont le trait tremble un peu sur du vrai papier (Bastien Vives - Lastman) ont un point commun : ils sont extrêmement ouverts et sympathiques, malgré la fatigue que peuvent engendrer plusieurs heures de dédicaces à la chaîne.
C'est plutôt du côté des visiteurs que se trouve la bassesse. On peut comprendre que certains irréductibles fassent la queue 2 HEURES avant le début de la séance de dédicaces (véridique) pour avoir une griffe de leur idole, mais le manque de politesse envers les auteurs peut parfois être hallucinant. On resquille dans la queue, on ne dit que "bonjour // au revoir" au dessinateur, on demande 3 dédicaces chacun, à des noms différents pour revendre la BD dédicacée sur le net (si, si, certains osent, sans doute les même décérébrés qui mettent leur Charlie Hebdo sur e-bay).
Pour ma part, j'ai fait une seule fois la file d'attente pour une dédicace, et même bien placé dans la file, j'ai du patienter une heure et quart. On ne m'y reprendra plus.
Je préférerai désormais les plus petits festival pour rencontrer les auteurs que j'admire.

Sanlaville Lastman
Dédicaces de Yves Balak / Lastman :
j'avais demandé de représenter un de ses persos qui demande une dédicace
Fabcaro / "Le steack haché de Damoclès", "La clôture" super sympa en dédicace
Les espaces du Festival sont de plus en plus chargés au fil des jours et c'est dans la bulle "Nouveau Monde" que nous passons le plus de temps. Cet espace dédié aux petites maisons d'édition, aux indépendants et aux fanzines est l'endroit idéal pour approcher des auteurs plus décontractés et discuter directement avec des éditeurs passionnés.

meilleure bulle reportage


Les amis, le bon temps

A courir entre tous ces livres à découvrir, ces auteurs à voir, ces ateliers à infiltrer et ses conférences à avaler, l'énergie du festivalier est mise à mal. Heureusement que nous étions plusieurs amis à nous soutenir à grand renfort de mandarines, de bières et de bons plans. Entre autres, nous avons découvert l'espace SNCF (pour une fois qu'ils font quelque chose de bien) où des dizaines de coussins et de BD étaient mis à disposition du matin au soir, sous des lampes à chaleur. Un vrai délice que ce lieu qui est vite devenu notre QG.
Nous avons également eu la chance d'assister à un Concert de Dessin au théâtre : une solide équipe de dessinateurs conte une histoire alors qu'un groupe joue de la musique. L'intérêt étant que les dessinateurs composent en même temps sur la même feuille (parfois jusqu'à 5 à la fois!), dont l'image est projetée sur écran géant. On aurait aimé voir plus d'interaction entre l'ambiance musicale et la teneur de l'histoire, mais le principe est déjà attractif et la rapidité ainsi que la dextérité des auteurs est impressionnante.

Théâtre festival
Concert de Dessin au Théâtre d'Angoulême

Dans la ville nous découvrons aussi "L'homme Sandwich", snack recommandé par plusieurs exposants et que je vous conseille, ne serait-ce que pour son panini Distorsion X : Miel-moutarde-chorizo-tomates marinées-mozza-piments du pays. Les murs du local nous en ont mis plein les yeux.

distorsion X panini
Le  tout petit local de l'Homme Sandwich
Nous essayons également le restau "Le Lieu-dit" dont tous les murs sont décorés. Une boîte de feutre est disponible sur chaque table dont les sets sont dessinables, les plus réussis étant exposés. On passe un bon moment, autour d'une côte de bœuf...

fresque mur
Fresque mural du Lieu-dit
BD Angoulême
Sets de table dessinables, pour patienter en créant!
Dessin Angoulême
Lolopouet sublime le réel, où qu'il soit

Concours de circonstances

Je ne vous l'avais pas dit, mais cette année j'ai participé au concours BD Jeunes Talents, avec les 3 premières pages de ma mini-BD "La vendeuse de rêves" (voir ici,  et là-bas). Je n'ai pas été retenu, mais ce concours a été l'occasion de me replonger dans les problématiques de la planche BD et du scénario, ce que j'ai fait avec délectation.

Pueblo AngoulêmePueblo AngoulêmePueblo Angoulême

Dans le Pavillon Jeunes Talents du festival, on pouvait observer les 20 participations retenues cette année pour ce concours. Un constat s'impose : ce n'est pas la couleur qui prime chez les planches présentes. Une seule d'entre elles est issue d'une colorisation informatique, et les trois quarts des retenues sont en noir et blanc. Parmi elles, de magnifiques claques visuelles, des mises en page audacieuses ou ingénieuses... mais aussi beaucoup de planches vraiment pas terribles (même en faisant un effort pour être EXTRA objectif lorsqu'on a soi-même participé). Une chose est sûre : l'année prochaine je participerais de nouveau avec un travail réalisé sans numérique...

Voici quelques planches qui m'ont marqué, en qualité médiocre. Vous pouvez toutes les retrouver lisibles en ligne sur EspritBD via cette liste.

Chloé Francisci - "Ballet"
Tiphaine Buhot-Launay - "Azura"
Anna Griot - "Boat People"
Léa Murawiec - "Le Centime" une excellente idée à approfondir


Le Bilan

Beaucoup de monde, beaucoup de talent, des envies florissantes de projets, des idées de nouveaux styles graphiques, le constat d'un métier très difficile. Voilà ce que nous pouvions retenir de ces 4 jours épuisants où nous avons pris plusieurs kilos...de BD!

dos muscle

En un week-end, le monde de la BD nous a aspirés, mastiqués, recrachés.
L'année prochaine, pas sûr que nous choisissions la même formule.

De retour à nos vies de "non-auteurs de BD", nous reprenons nos modestes projets en cours et jurons d'en mener d'autres, de plus ambitieux, de plus mutualisés, de plus engagés.

Lolopouet Pueblo Hommage
Lolo laisse une dernière trace indélébile sur la fresque publique de la rue qui mène à la Gare
Pour ma part, je retourne aux dernières dédicaces du recueil Rire&Rêver que je dois toujours aux contributeurs qui m'ont permis tout ce beau voyage. J'ai pu déposer une bonne quinzaine d'ouvrages directement à des auteurs ou à des éditeurs, chose ardue tant le talent de ces gens là est intimidant. Cependant plusieurs sont ouverts à des collaborations éventuelles ou des retours critiques. Un nouveau pas vers un projet sérieux donc!

A très vite pour d'autres aventures.
Nous vous concoctons en ce moment même un échange graphique sportif, avec l'ami Lolopouet... à découvrir très bientôt!

Pueblo.

5 commentaires:

Vincent Feugier a dit…

Merci pour ce reportage! Malgré les inconvénients et même sans être dessinateur, ça donne envie d'y aller!

Philgreff a dit…

Super reportage ! je ne suis allé au Festival d'Angoulême que deux fois, en 1981 (je m'étais retrouvé seul face à Hugo Pratt sans savoir que c'était lui avant que quelqu'un vienne le chercher en le nommant, j'avais 15 ans, j'étais en train de lire "Corto Maltese en Sibérie" au stand Casterman, curieusement vide de public; et en 85, après des heures et des heures d'auto-stop sous la pluie, et autant pour le retour... J'ai l'impression que ça a bien changé depuis... ;-)

Philgreff a dit…

erratum: en 81, j'avais 16 ans, presque 17... ;-)

Belzaran a dit…

Une année, j'ai fait les plus gros festivals de BD de France (Angoulême, Saint Malo et Lyon). Franchement, j'ai adoré Saint Malo. C'est suffisamment gros pour présenter un large panel de maisons d'édition, mais il est plus facile de s'y loger et ce n'est pas en plein hiver ! Y'a surtout moins de monde.

Par contre, la "folie" des dédicaces m'a passé et je n'ai plus envie de faire la queue pour obtenir un dessin. Heureusement, chez les indés, c'est facile d'avoir un grand auteur méconnu ! ;)

Pueblo a dit…

>Vincent : De rien, c'était un plaisir!
>Phigreff : Dis-donc, la fièvre de la BD ça ne se perd pas alors, ça fait longtemps! Nom de... voir Hugo Pratt, je veux bien mourir après ça!
>Belzaran : Merci pour le conseil concernant Saint Malo, c'est une très bonne idée que tu me donnes là! Effectivement les indés, toujours les indés! Plus ouverts et plus déconnants!